Wild Wild West

 

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La fin du mois d’octobre était attendue depuis longtemps, c’était le moment où j’allais profiter pour une deuxième fois d’un voyage aux confins du Canada. À près de 1200 km au nord de Vancouver, j’avais rendez-vous avec de la grosse Steelhead, du moins c’est ce que j’espérais. Ce voyage marquait la fin de la construction de ma maison et par le fait même la première activité de pêche depuis juin.

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Le départ de Montréal à 16h, un vol jusqu’à Calgary où j’allais retrouver mon ami Alex et son père Alain, nous allions prendre la route dès mon arrivée. Une longue route nous attendait et pas question d’attendre le lendemain pour partir, nous avons plutôt roulé toute la nuit. Pas de soucis, bien que nous ayons à traverser des cols de montagnes qui auraient pu nous jouer de mauvais tours.

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Nous sommes arrivés au milieu de la matinée le lendemain. Le temps était (et a été) maussade, classique de la Colombie-Britanique.

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Nous avons monté le camp près de la rivière Morice, à l’intérieur des limites d’un parc provincial. Emplacement idéal pour pêcher la Morice, au pays des ours et des loups! Nous avions rendez-vous avec Will, un «steelhead bum» de San Francisco qui était dans les environs depuis plus de 6 semaines. Mon ami Alex avait fraternisé avec lui l’année précédente, il allait nous aider à organiser des navettes avec son véhicule pour que nous puissions dériver en pneumatique sur la rivière sans avoir à marcher pour aller récupérer notre auto!

Après un bon repas, plusieurs bières et un bon feu, nous nous sommes couchés tôt pour être en forme. La première journée commença bien, Alex attrapa rapidement sa première truite dans un beau «log jam», lui qui avait été blanchi à notre dernier voyage. Après cette capture, Will se mit en tête de m’en faire attraper une à mon tour. Me laissant passer devant dans ses meilleures runs, je n’arrivai à rien. Will en attrapa quelques-unes derrière moi, dont une bien grosse!

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La première journée se termina avec du succès de part et d’autres, mais rien pour moi.

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La deuxième journée allait commencer tôt, j’étais décidé à briser la glace le plus vite possible. Moi et Will sommes partis à bord de deux petits bateaux (watermaster), il allait me servir de guide pour la journée. Pourtant rien encore pour moi et 5 pour lui. La soirée fut remplie de discussion autour de mes doutes, on en vint à la conclusion que je ne pêchais pas selon mon style ayant suivi Will toute la journée et ne pêchant que ses spots. Une conclusion empreinte des effluves des bulles que nous avions bues, mais qui allait changer l’approche le lendemain.

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Comme c’était le samedi et qu’en Colombie-Britannique les non-résidents n’avaient pas le droit de pêcher le week-end, Will du rester au camps ce matin là. Après avoir flotté avec Alain pour une bonne partie de la matinée, j’ai profité de du watermaster pour arrêter dans des spots que je trouvais intéressants. C’est à ce moment que je capturai ma première truite du voyage! Dans un pool classique, lent et profond, parfait pour une belle swing! Et ce n’était que le début!

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Nous avons décidé d’aller visiter la rivière Bulkley le lendemain. C’est une rivière qui peut être très achalandée, mais début novembre, il n’y a que les vrais qui y restent. Les températures négatives au lever du jour chassent les plus frileux! Nous avons eu de bons moments, ma première journée de 2 captures et quelques gros spécimens!

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Mais ce n’est que vers la fin du voyage que j’ai eu ma meilleure journée. Alain n’avait pas réussi à attraper une steelhead encore, malgré quelques cohos et une belle bull trout.

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Alex allait le «guider» alors que je partais en solo, tout comme Will d’ailleurs. Dès mon premier arrêt, j’ai piqué un beau mâle, après quelques lancers seulement! Malgré la pluie, la pêche était bonne! Second arrêt je pique ma plus grosse du voyage, un autre mâle que je n’allais pas réussir à photographier décemment (voir le vidéo). https://vimeo.com/193969040

Sur la même run, une deuxième truite! Il était à peine 10 heures et j’avais attrapé 3 poissons! Après une autre capture, je rejoignis Will. Assez fier de ma journée je lui demande à combien il est rendu. 5 qu’il répond! Une de plus que moi. Je lui dis que je pensais bien l’avoir devancé vu ma bonne journée! Après quelques blagues, il m’invite à passer devant lui sur une run très productive. Après quelques lancers, bim! J’accroche ma 5e de la journée! Heureux d’avoir égalisé le score, je me retourne et je m’aperçois qu’il a lui aussi une truite au bout de sa ligne, un doublé!

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Autour du feu ce soir-là, nous avons entendu une meute de loups que nous avions vus sur une vidéo tournée par des pêcheurs plutôt dans la semaine alors qu’ils étaient venus boire sur le bord de la rivière. Un sentiment de monde sauvage ne pouvait que nous envahir. Sorties de la course du monde, nous avons eu un voyage dans le wild! Comme disait nos steelheads bum des USA, Epic river, Epic fish and Epic trip! Je vous le souhaite mes amis, peut-être un jour…

Conseils pratiques:

  1. N’oubliez pas: pas de pêche pour les non-résidents la fin de semaine.
  2. Question permis: Il faut un permis de pêche normal (freshwater), un permis de conservation (pour la steelhead seulement), les deux coutent 60 $ chacun. Enfin il faut aussi un permis journalier pour la rivière où on va pêcher (classified water) jusqu’au premier novembre. 20$ par jour.
  3. Question camping assez facile de camper gratuit, il faut  faire très attention aux ours donc pas de bouffe dans la tente et on ramasse avant de se coucher. Comme mon Alex ne cessait de me dire. «If it doesn’t kill you, i’ll make you stronger, except for bear, bear will kill you!».
  4. Ça prend une voiture. Il y a une communauté de pêcheurs qui s’entraident beaucoup donc possible de trouver des gens pour organiser une navette.
  5. Il faut envisager avoir un moyen de flotter (bateau). Je ne pense pas que ça vaille la peine de se rendre si loin sans ça.

 

Rêver gros!

La saison de pêche aux saumons est bien plus courte que la saison de pêche normale. L’attente est longue durant ces mois d’hiver et les souvenirs nous hantent et nous font rêver jusqu’à l’année suivante. Étrangement cette année, ce n’est pas un souvenir particulièrement glorieux qui me fait espérer le retour du printemps. C’est plutôt une mésaventure qui reste gravée dans ma mémoire, une mésaventure aux proportions phénoménales!

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Ma saison de saumons commence souvent par la rivière des Escoumins. C’est une rivière qui a fait des efforts de conservation importants dans le passé, mais c’est surtout la chance de capturer un saumon frais de la mer qui fait de cette rivière une destination printanière particulièrement intéressante. Au seuil de l’ancien barrage, on retrouve une chute qui forme un obstacle naturel contribuant à faire des fosses qui se trouvent en aval une véritable boite à surprise.

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Ces fosses restent influencées par les marées tellement elles sont près de l’embouchure. Quand les montaisons commencent, il est possible de tirer le gros lot. Je pense que tous les saumoniers seront d’accord avec moi, attraper une bête fraichement débarquée de la mer c’est vraiment l’apothéose. La puissance et l’agressivité de ces spécimens contribuent à faire de leur combat des moments épiques qui se transforment inévitablement en souvenirs impérissables.

L’an passé, j’ai convaincu mon ami David de m’accompagner, j’avais espoir qu’il attrape son premier saumon, un saumon bien mérité puisqu’il en était déjà à quelques sorties sans succès. Les conditions étaient parfaites. Nous étions arrivés tôt pour faire coïncider le début de notre pêche avec la marée descendante. Pourtant rien, pendant près de 3 heures. L’autre pêcheur qui partageait le secteur avec nous ce matin-là est arrivé vers 9 h. Après avoir alterné quelques mouches, nous avons décidé d’aller déjeuner puisque nous avions sauté cette étape pour arriver les premiers.

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À notre retour, nous avons constaté que l’autre pêcheur avait un saumon au bout de la ligne. Après l’avoir aidé à le remettre à l’eau, il nous a confié en avoir pris un autre alors que nous étions au resto. Tu parles d’un manque de timing! Il retournait chez lui : sa journée était faite.

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Nous étions bien évidemment découragés mais, malgré tout, c’était de bon augure. Il s’agissait des premières captures de l’année qui se faisaient à des dates remarquablement tardives. Nous étions dans le bon temps, ça rentrait! Après quelques passages à la noyée, David me dit qu’il avait l’intention de passer une sèche. Ce n’était pas une mauvaise idée vu le soleil de plomb et j’ai décidé de traverser la rivière pour avoir un point de vue en hauteur sur sa cible. À peine rendu au milieu de la rivière, je jette un coup d’œil en direction de mon compagnon et j’aperçois le bout de sa canne qui semble subir de gros coups. Je rebrousse aussitôt chemin en tentant d’établir le contact avec David. Au moment où il se retourne vers moi, j’aperçois la bête sauter en dehors de l’eau! Je suis à près de 100 m, mais ce poisson semble immense!

À en juger par le coup de tête et le manque de coopération du poisson, le combat est loin d’être gagné. David restera connecté à la bête pendant plus de 20 minutes jusqu’au moment où cette grosse femelle s’approchera dangereusement de la fin de la fosse et du long courant. La peur de la voir dévaler vers la mer et le risque de briser le fil entre les roches va m’inciter à tenter une approche avec le filet pour éviter le pire. Le poisson semblait moins combattif, il s’approchera tout près, à moins de 50 cm du filet. Dans une ultime tentative, j’ai crié à David de le tirer un peu plus pour qu’il s’approche du filet. Et là… vous devinez la suite! Une remise à l’eau à distance qui restera dans les annales comme le plus gros saumon qu’il m’avait été donné de voir! Et je l’ai vu de près! Je vous invite à visionner la petite vidéo qui suit, il n’y a pas de saumon, simplement l’excitation de deux gars qui viennent de piquer le plus gros saumon de leur vie (attention aux oreilles sensibles, l’excitation m’a fait utiliser le langage ostentatoire de notre Ste-Mère l’Église!!).

[vimeo]https://vimeo.com/157297861[/vimeo]

Je vous rassure tout de suite, ce ne fut pas le seul combat de David l’an passé. Il en a remporté plusieurs autres, et de très beaux. Mais aucun ne s’est approché de celui-là. Ce saumon nous a rappelé quelque chose de très important et parfois de difficile à accepter en tant que pêcheur. En aucun temps, nous n’avons été en contrôle de cette force de la nature. La conjugaison des éléments, l’eau haute, la grosseur de l’animal et la proximité de l’océan nous ont placés au cœur d’un combat grandiose nous rappelant qu’il faut faire preuve de déférence devant ces puissances réunies. Ce qui paraissait si cruel sur le moment, cette bataille perdue, reste cependant mon plus beau souvenir de l’année, même si on ne l’emporte pas, le moment reste malgré tout fabuleux. C’est pour cette raison, que cette année encore, mon ouverture va se faire sur la rivière des Escoumins. En espérant toucher à mon tour le gros lot!!! Il reste encore des perches disponibles pour ceux qui sont intéressés par cette aventure printanière, je vous le recommande. C’est une façon d’encourager les gestionnaires de cette rivière et de leur donner les moyens de continuer leurs efforts de conservation!

En terminant, je vous conseille ce petit épisode qui met en vedette Cyril Chauquet dans le même secteur que nous (les 10 premières minutes). Vous allez comprendre pourquoi je dis que ce secteur est une boite à surprise! Bonne ouverture à tous! Pour moi, c’est encore dans bien trop longtemps!!!

[youtube]https://www.youtube.com/watch?v=s3L6cbY159Q[/youtube]

 

Dérive en Colombie-Britanique: au coeur du monde sauvage.

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C’était au mois d’octobre 2014. Je volais d’est en ouest pour aller rejoindre mon compagnon de toujours, Alex. Il m’attendait à Calgary. C’était l’heure de la revanche, lors de son déménagement dans l’ouest deux ans plus tôt, j’avais accompagné Alex sur l’île de Vancouver, nous n’étions pas dans la bonne saison et nous n’avions pas eu de succès. Cette fois-ci, nous allions franchir les 1000km qui séparent sa maison des rivières de la vallée de la Skeena afin de pêcher de la Steelhead sauvage dans le Nord de la Colombie-Britanique!

Quelques semaines avant notre départ, Alex avait invité son père à nous accompagner.  Alain est toujours de bonne compagnie et ses connaissances ornitologiques allaient me faire apprécier des moments qui seraient sans doute passés sous silence sans sa présence. Mais je commençais à me demander s’il allait être à l’aise pour nous suivre! Le plan était quand même ambitieux, nous allions flotter sur l’eau quelques jours et dormir sur des îles pour éviter les ours!

 

10623857_10153154984212406_3838515778202801656_oLa route est longue et magnifique vers le nord et un peu plus de 12h après notre départ nous arrivions à Houston, BC tard dans la soirée. Nous nous sommes reposés un peu avant notre première dérive le lendemain. On partirait de «Quick» pour nous rendre à Smithers la ville en aval, trois jours de voyage! Rien cette nuit-là n’allait me réveiller, ni les ronflements d’Alain, ni le train qui passait à quelques mètres de la chambre d’hôtel. Le réveil fut facile, l’excitation était à son comble.

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La première journée d’un voyage est toujours un peu plus lente, il faut organiser le matériel, trouver l’endroit où on va mettre le bateau à l’eau, etc. Il faisait beau, les outardes avaient commencé leur migration, c’était prometteur. On avait près d’une quinzaine de kilomètres à faire en trois jours. Évidemment nous n’étions pas seuls, après tout c’est une des régions les plus prisées mondialement pour la pêche. En voyant les pêcheurs guidés, je me suis rendu compte que je n’aurais pas pêché les eaux où ils avaient décidés de tenter leur chance. Après avoir dépassé quelques groupes de pêcheurs, force était d’admettre que je ne cherchais pas les bons signes sur la rivière. J’allais devoir tout réapprendre et vite!

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La première matinée fut tranquille pour tout le monde sur la rivière Bulkley. Nous avions traversé beaucoup d’eau et nous avons décidé de ralentir le rythme puisque nous approchions de notre objectif de la journée. Un beau pool où nous allions pouvoir manger et boire nos premières bières!  Je suis vite retourné à ma canne, c’était la première fois que je pêchais exclusivement à la spey. Je commençais à me sentir à l’aise du «mauvais coté» quand j’ai eu ma première touche. Bang! On reconnait ce genre de touche entre mille, ce n’était pas le fond! Quelques pas derrière, un nouveau lancé et me voilà accroché à une Steelhead. Je pensais que c’était un record, ça tirait fort. Mais non, à peine 5 ou 6 lbs. Après une remise à l’eau, la bière de la victoire s’imposait! Ce fut la seule de la journée…

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La pluie commença à la fin de cette journée. Nous allions avoir 3 jours consécutifs de pluie torrentielle. Après une nuit sur les îles, nous avons accéléré la cadence pour nous rendre à l’hôtel, le temps froid et l’humidité ayant raison de nous. Ce furent des moments difficiles, nous avons vu les rivières devenir laiteuses, la visibilité dans l’eau passé de quelques mètres à nulle en trois jours. Les locaux disaient que ça prendrait une semaine avant que ça se replace, pas besoin de vous dire que c’était bien trop long pour nous.

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Nous avons quitté pour le nord en direction de la légendaire rivière Kispiox. Plus capricieuse que les autres pour la qualité de l’eau, cette dernière avait pourtant été épargnée par la pluie. Après nous être engouffrés dans les bois à plusieurs kilomètres, nous avons établit le campement à coté de la descente pour le bateau.

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La première journée fut mémorable, l’eau limpide nous permis de remarquer quelques poissons très actifs dans un petit pool. Après quelques Bull Trout et Coho, nous avons poursuivit notre descente en quête de Steelhead.

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La pêche semblait difficile et ce n’est qu’après avoir croisé un duo de pêcheurs, qui avait pris quelques truites chacun, que nous avons remis en question notre stratégie. Fini les long pool, lent et profond, il fallait chercher les petits pocket le long des berges. Trop peu trop tard, la première journée nous aura permis d’apprendre beaucoup.

Quand nous nous sommes levé le lendemain, nous étions gonflé à bloc. Mère nature nous avait malheureusement joué un tour. La chaleur avait fait fondre la neige sur les montagnes qui avait fait monté les niveaux et teint la couleur de l’eau.

Un seul saumon Coho dans toute la journée!

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Nous sommes rentrés sur Smithers à la fin de la journée. Alex était découragé, l’année précédente, il avait pris quelques steelheads par jour! Il n’y avait que moi qui avait pris du poisson tous les jours et sans succès notable. Il ne restait que deux jours à notre voyage. La veille de notre départ, nous avons refait une dérive dans laquelle nous avions eu un peu de succès.

12001094_10153154984362406_1927950337076695675_o Il s’agissait de partir de la ville de Telkwa pour nous rendre à Smithers. Nous avons laissé Alain d’un coté de la rivière (le moins bon!) pour nous concentrer sur un coté plus difficile à pêcher. Alain n’avait jamais pêcher à la spey avant ce voyage, il commençait à pouvoir lancer (et encore!), il avait échappé quelques truites et nous assurait qu’il était comblé d’avoir pu en accrocher quelques unes, même s’il n’avait pas réussit à les ramener au bord. Mais ce matin là nous avons assisté, de loin, à ces deux premières captures!!

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C’était délirant de le voir se battre avec ces poissons et de réussir, malgré son manque d’expérience flagrant, à ramener les poissons au bord. Après être allé le rejoindre, j’ai pris deux truites à mon tour!

 

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Il ne restait qu’Alex qui n’avait rien pris de tout le voyage! J’ai parié avec son père qu’Alex allait finir par prendre la plus grosse truite du voyage, c’était impossible qu’un aussi bon pêcheur soit blanchi!

 

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Ce qui devait arriver arriva, Alex s’est accroché dans la plus grosse truite que je n’avais vu! Un spécimen qui devait frôler les 25lbs. Nous ne le saurons jamais parce que, comble de malchance, la bête s’est décrochée. Ce n’était définitivement pas le meilleur voyage d’Alex.1008651_10152509804932406_6496822083630113208_o

 

Cette journée là, j’ai pris deux autres spécimens, dont une en nymphant avec ma canne à une main. La bête s’est emballée et a remonté le courant. Le frein barré, en tirant de toutes mes forces, elle a tout de même trouvé le moyen de remonter la rivière sur plus de 100 m!! Inoubliable!

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Nous avons repris la route direction Calgary le lendemain après la journée de pêche. Quand nous nous sommes rendu compte que nous étions dans un «no man land» à 3 heures de route de toute civilisation en plein milieu de la nuit,  nous avons décidé de nous arrêter pour camper. La pluie nous avait ralentit dans nos ardeurs ce soir là, mais le fait d’être dans un sanctuaire de grizzly nous avait poussé à poursuivre notre route!

 

2014-10-13 07.48.47Ce fut un de mes meilleurs voyages de pêche. Je suis bien content de vous dire qu’il y aura une deuxième partie à ce récit, cet automne nous allons tenter notre chance à nouveau! Vivement le mois d’Octobre!!

 

To kill or not to kill?

Réflexion sur le nouveau cadre règlementaire québécois sur la pêche aux saumons.

La protection des habitats est un élément essentiel de la santé des populations de poissons. Dans le cas des populations de saumons de l’Atlantique, chaque rivière abrite une population typique qui sait retrouver le chemin de sa rivière natale. Bien que la protection des habitats soit un des meilleurs moyens de rétablir des populations menacées, ce n’est pas le chemin que le Québec s’apprête à prendre : tout porte à croire qu’il s’agira plutôt de resserrer la règlementation concernant la capture des saumons. En gros, la remise à l’eau est appelée à se généraliser ce qui est une bonne nouvelle. Cependant, il faut bien comprendre certaines résistances populaires à l’endroit de cette mesure. Avant de revenir sur les changements en cours, permettez-moi une brève histoire de la pêche aux saumons au Québec.

Une pratique venue de l’extérieure :

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La princesse Louise sur la rivière Cascapédia

Les Québécois francophones n’ont jamais été très portés sur la remise à l’eau. Historiquement, la pêche était pour ses populations excentrées (Gaspésie, Côte-Nord) un moyen de subsistance. Les premiers à pêcher le saumon à la mouche dans nos rivières sont les riches Anglais et les Américains. Les populations locales, la plupart du temps francophones ou autochtones, pêchaient aux filets. L’abondance de saumons et d’autres ressources de la mer a permis à ces populations de s’installer dans ces régions qui ne comptaient pas de grands moteurs de développement économique. Le lien entre la pêche et la subsistance nouait une alliance quasi sacrée entre la survie de l’humain et la générosité de son environnement. En effet, les conquérants de l’Amérique se sont vite appliqués à détruire cette alliance afin de réussir à affaiblir l’indépendance qu’elle pouvait donner aux populations vis-à-vis de la société «moderne». La modernisation de nos sociétés devait donc passer par l’effritement de cette possibilité d’autosuffisance.

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Ainsi, du début de la colonie jusqu’aux années 1960, la pêche sportive n’apparait pas chez les populations locales trop attachées au travail, mais chez des visiteurs, souvent anglophones et riches qui vont s’approprier les meilleurs endroits de pêche sur nos rivières. Au début du XXe siècle, les droits de pêche sont achetés et organisés en clubs privés. L’accès à ces meilleurs secteurs sur les rivières est donc restreint. La pêche sportive au saumon de l’Atlantique est alors perçue comme une pêche aristocratique, la pêche de «l’étranger». Ce n’est pas pour rien que les pratiques de remise à l’eau qui se mettront à se répandre parmi les pêcheurs de saumons seront perçues de manière suspecte par les populations locales et que le braconnier aura parfois le statut de héros dans ces régions parce qu’il aura réussi à toucher sa part du «gros lot» jusqu’alors réservé aux étrangers.

Le pillage industriel :

La pêche de subsistance va cohabiter avec les clubs privés, mais c’est la mécanisation de la pêche qui va venir créer des tensions et mettre en danger la survie du saumon. Les pêcheurs commerciaux vont transformer le devenir de l’espèce alors qu’ils vont intensifier la pêche non seulement sur les passages migratoires du saumon, mais aussi dans leur «parc d’engraissement» dans les eaux nordiques de l’Atlantique. Entre les années 1964 et 1975, les pêcheurs commerciaux vont faire des prélèvements de saumons qui vont dépasser les 1500 Tonnes/métrique par année, avec une apogée à plus de 2500 t/m3 en 1972.

Les pêcheurs autochtones, déjà mis à mal par l’intégration forcée dans les institutions d’enseignement colonial, vont se battre pour continuer leur pêche de subsistance qui sera bien souvent le dernier point distinctif de leur mode de vie. Le reste des populations vont continuer la pêche et vont conserver le saumon dans le but de s’en nourrir. Tout le monde voudra sa part du gâteau! Le saumon sera mis à mal par les efforts cumulés de tous les pêcheurs, l’abondance d’antan ne sera plus qu’un bien lointain souvenir.

La gestion moderne de la pêche aux saumons :

L’intensification de l’exploitation de la ressource fera inévitablement chuter les populations de saumons. Des changements majeurs au cadre règlementaire visant l’organisation de la pêche et la gestion de la ressource saumon seront mis en place dans les années 1970. La fin de la pêche commerciale dans les rivières et les estuaires et le resserrement des quotas de prélèvements pour la pêche sportive seront les premières mesures de conservation à être mis en place. Ce changement se fera dans le but avoué de rendre les rivières aux Québécois. En effet, le rachat des baux et la fin des clubs privés vont faire entrer la pêche au saumon dans une phase de démocratisation.

Le nouveau cadre règlementaire va permettre d’encourager la gestion rivière par rivière des populations de saumon, ce qui est encore aujourd’hui le mode de gestion le plus solide d’un point de vue biologique. Chaque rivière à saumon aura un gestionnaire qui verra à rendre la pêche possible et à contrôler la règlementation. Certaines populations seront tout simplement trop petites pour supporter le prélèvement. D’autres rivières, au contraire, profiteront de l’abondance relative de leur population pour permettre la capture des grands saumons. Il s’agira là d’un argument de vente important auprès d’une population de pêcheurs habituée à se nourrir de sa pêche. La santé financière de l’organisme de gestion sera liée à la fréquentation des pêcheurs et aux droits d’accès qu’ils pourront exiger d’eux. Il s’agit pourtant d’un pari dangereux. En effet, comment faire en sorte de ne pas mettre en péril le saumon tout en assurant la vente de droit d’accès à des populations encore habituées de conserver ses captures?

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Aujourd’hui:

La baisse drastique des montaisons en 2014 a servi de fenêtre d’opportunité incroyable pour tenter de convaincre le ministère de faire un pas de plus vers la pêche sportive en remise à l’eau. Les organismes de gestion pour qui la capture de saumons était un argument de vente se trouve devant un défi colossal, assurer une fréquentation pouvant subvenir à leurs besoins financiers, et ce malgré le fait que plusieurs pêcheurs risquent de déserter les rivières soumises au mode de la remise à l’eau. La seule solution de rechange, qu’ont d’ailleurs emprunté les gestionnaires des rivières Matane et Mitis, est de contingenter des secteurs de pêche, à la fois en diminuant l’accès aux meilleurs secteurs par des quotas de pêcheurs, mais aussi par l’augmentation des prix pour les fréquenter. Le danger est bien évidemment de faire de la pêche sportive une activité réservée aux plus riches.

La question de la remise à l’eau a aussi été présentée comme un moyen pour les pêcheurs québécois et canadiens de pouvoir faire de la pression sur les pêcheurs du Groenland qui ont annoncé l’augmentation de leurs quotas de captures en mer. Il s’agirait en définitive d’un argument permettant d’exercer une pression morale sur nos partenaires. La gestion de la pêche rivière par rivière, permet un suivi quasi en temps réel des populations. D’un point de vue biologique, il est possible de prélever des saumons en rivières sans mettre en danger l’espèce, la pêche en mer n’offre pas la possibilité d’avoir un aussi bon suivi. Les gestionnaires peuvent établir par des décomptes le nombre de saumons en rivière et donc savoir si les seuils de conservation auront été atteints. Certains pêcheurs ont l’impression de faire des efforts dans un but strictement politique, puisque d’un point de vue biologique les rivières du Québec sont relativement en santé.

À mon sens, les changements en cours posent des défis importants pour l’avenir de la pêche aux saumons au Québec. La tarification et le contingentement des rivières ont des effets pervers qu’il faut éviter. Le monde de la pêche au saumon s’est toujours organisé autour de groupes privés, la démocratisation des années 1970 reste un vœu pieux si dans les faits on impose des barrières tarifaires qui empêchent l’accès aux rivières. D’un autre coté, l’argumentaire articulé autour de la remise à l’eau «stratégique» ayant pour but de renforcer la position du Canada dans ses négociations internationales dans la gestion du saumon en mer, n’a pas beaucoup de force sur le terrain. La réalité internationale est souvent très loin des préoccupations des pêcheurs qui constatent pourtant la santé relative de leurs rivières. Peut-être que ces mesures sont nécessaires, je l’ignore. Pourtant certains pêcheurs ont l’impression de faire des efforts pour les pêcheurs commerciaux ou les pêcheurs riches ayant accès aux meilleurs secteurs des rivières.

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C’est pourquoi il me semble qu’il faille faire attention aux revendications des pêcheurs locaux sans les voir comme les adversaires de ceux qui pratiquent la remise à l’eau. Leurs aspirations sont légitimes, elles viennent d’un passé qui les a façonné. Malheureusement, il faut aujourd’hui agir en appliquant le principe de précaution. C’est pourquoi je pense qu’il serait sage d’accompagner ces mesures de «restriction» par des mesures plus positives de mise en valeur des habitats. Le Québec et le Canada n’ont fait que très peu d’efforts en ce sens depuis une décennie.  L’exemple des travaux d’une compagnie ferroviaire qui ont mis à mal les frayères d’une des meilleures rivières à saumon au monde en est un parmi tant d’autres.

Reste que selon les données ressentes de la FQSA, le nombre de pêcheurs près à pratiquer la remise à l’eau n’a jamais été aussi élevé. Quelque chose de plus profond est en train de changer. De nombreux jeunes pêcheurs parcourent aujourd’hui les rivières et pratiquent la remise à l’eau intégrale. Portée par des exemples médiatiques très efficaces, pensons à la bande de Hooké , la remise à l’eau entre dans les moeurs des plus jeunes. Les choses changent au Québec, en espérant que cela soit le premier pas vers l’abondance d’antan!

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Salmon river (NY, USA), décembre 2015

L’hiver n’était pas encore arrivé dans notre coin de pays quand nous nous sommes aventurés sur la Salmon River. Il faisait chaud et nous pensions donc que c’était le moment idéal pour une petite virée aux states pour pêcher de la steelhead. J’avais déjà capturé de telles créatures dans le Nord-Ouest de la Colombie-Britanique, mais c’était une première sortie de pêche dans l’État de New York!

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J’étais bien accompagné par des amis qui ont l’habitude des longues journées et des conditions pas toujours faciles. Heureusement! Nous avons subit le fameux «lake effect», un courant d’air qui souffle sur le Lac Ontario et qui nous a donné droit à un blizzard de deux jours!!

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La pêche n’était pas facile, les débits d’eau étant trop haut. Le niveau est contrôlé par des barrages et il frisait les 1850 pieds cube seconde, le double de ce qui peut être considéré comme un niveau idéal.

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Nous n’avons pas réussi à connecter avec aucune de ces fameuses truites, bien que nous ayons été témoin de quelques belles prises. La Salmon River peut être très achalandée, mais cette fois-ci nous étions presque seuls toute la fin de semaine!

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C’est pour sûr une partie remise! Les eaux poissonneuses de la Salmon River font rêver. Bientôt j’espère!